Les occasions d’affaires en environnement: Montréal peut-elle en tirer profit?

L’industrie verte («eco-industry» selon Durand A.L. et Sinclair-Desgagné B.) à l’échelle mondiale génèrera des revenus annuels de 1000 milliards de dollars US en 2015 et près de 3000 milliards d’ici la fin de la décennie suivante. (1) Des gains similaires en matière de productivité sont aussi envisageables par une meilleure gestion des ressources. (3), (4) La région de Montréal pourrait-elle profiter de ces changements et saisir des occasions d’affaires?

Les marchés émergents, les infrastructures et la gestion des matières résiduelles

Les investissements à bas coût permettant de réduire ou prévenir des émissions de gaz à effet de serre sont en grande partie situés dans les pays émergents. (4) Les investissements les plus rentables sont dans les infrastructures; en effet, les externalités positives seraient souvent supérieures aux coûts. (4) L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments représente près du quart des occasions permettant de réduire ou prévenir des émissions de gaz à effet de serre. (4) La conception et la construction de meilleures infrastructures en matière de transport représentent aussi une partie importante des occasions. (4) L’énergie, l’amélioration des procédés de fabrication et une meilleure utilisation des ressources agricoles sont les autres principaux secteurs donnant des occasions de réduction. (4)

Possibilités en matière de politiques publiques

Certaines options existent au niveau politique :

1. La règlementation permet de créer des occasions d’affaires par l’imposition de nouvelles normes. (1)

2. Les dépenses publiques et privées, engendrées notamment par la règlementation, favorisent l’innovation verte (voir Stimuler l’innovation dans les technologies vertes: un rapport de l’OCDE)

3. Les dépenses publiques et privées, engendrées notamment par des politiques publiques, favorisent l’émergence d’entreprises spécialisées. Plusieurs entreprises spécialisées en technologies propres existent à Montréal (2).

Possibilités pour les entreprises de Montréal

1. Les PME peuvent tenter de mieux intégrer leur production à celle des multinationales (voir Comment intégrer les PMEs au réseau global de production?). Le réseautage entre entrepreneurs est important pour y parvenir.

2. Profiter des missions à l’étranger organisées par des regroupements de gens d’affaires et les gouvernements. Cela permettrait aux entreprises Montréal de saisir les nombreuses occasions d’affaires à l’extérieur.

3. Les firmes de génie-conseil pourraient profiter des occasions d’affaires à l’extérieur de l’Amérique du Nord, compte tenu du fait qu’une partie importante des occasions d’affaires concernent les infrastructures et les méthodes de productions. Montréal en tant que plaque tournante dans le monde du génie-conseil, peut pleinement profiter des occasions à l’extérieur.

Qu’en pensez-vous?

Références :

(1) Durand A.L. et Sinclair-Desgagné B., The growing business of mitigating ecological footprints (2012).

(2) Montréal International, Technologies propres.

(3) Dobbs R., Oppenheim J., Thompson F., Mobilizing for a resource revolution, McKinsey Quarterly, 2012.

(4) Enkvist, Per-Anders, Tomas Nauclér, and Jerker, Rosander A cost curve for greenhouse gas reduction The McKinsey Quarterly, 1: 35–45. Voir aussi The cost of carbon abatement

Autres billets pertinents:

Comment intégrer les PMEs au réseau global de production?

Définir l’innovation – une approche globale

Stimuler l’innovation dans les technologies vertes: un rapport de l’OCDE

6 réponses à “Les occasions d’affaires en environnement: Montréal peut-elle en tirer profit?

  1. Bonjour, et merci de cette contribution intéressante.

    À votre question (rhétorique?) que pose le titre, la réponse est bien entendu : oui !
    D’ores et déjà – vous le soulignez dans votre texte – de nombreuses entreprises québécoises appartiennent à cet ensemble « éco-industriel ». Dans la mesure où la portée de ce secteur est indubitablement appelé à exploser au cours des prochaines années, il est essentiel que le Québec se dote d’une véritable politique industrielle visant à développer ces acteurs. La province est d’ailleurs favorablement positionnée pour en tirer parti : par contre, c’est un secteur qui progresse rapidement et où il sera facile d’être déclassé par des acteurs, privés et publics, plus ambitieux. À titre d’exemple, dans le photovoltaïque, l’Allemagne, premier producteur au monde, est passée d’une capacité de 0,6MW en 1990 à 17 320MW en 2012.

    Quelques points de précision toutefois :
    Vous semblez mettre l’accent sur la réduction des gaz à effet de serre. Cela est certes louable, mais les « éco-industries » au sens large ne se résument pas aux clauses visées par le défunt protocole de Kyoto. À cet effet, des opportunités significatives se présentent chez nous, notamment du point de vue de la gestion des matières résiduelles, du traitement des eaux, de l’efficacité des transports et de la production énergétique (notamment distribuée). Bien que plusieurs de ces activités soient en lien avec la question du réchauffement climatique, le problème est beaucoup plus vaste et il importe de le considérer dans cette optique.

    Vous avez tout à fait raison en ce qui concerne l’aspect réglementaire. Par contre, il importe que celui-ci soit compensé par des mesures d’incitation fiscale qui incitent effectivement les entreprises locales à développer leur propres solutions via la R&D. L’adoption de technologies pré-existantes, éventuellement étrangères, entraîne certes la création de valeur et d’emplois visant à atténuer les effets externes (rendant parfois certaines entreprises moins compétitives si l’on considère strictement leur structure de coûts), mais ces emplois seront à plus faible valeur ajoutée que si lesdites innovations sont générées localement. Il importe également que la réglementation soit en adéquation avec nos partenaires commerciaux afin de ne pas désavantager indûment les entreprises québécoises.

    Il convient bien entendu dans un blogue de la JCCM, de s’intéresser au tissu économique montréalais. Par contre, le problème principal qui guette l’industrie « verte » au Québec et plus largement au Canada est la question de l’échelle : tant en termes de propriété intellectuelle que de capacité de production, il est indubitable que le succès d’initiatives « made in Montréal » passe par une ouverture tous azimuts sur les technologies, les talents et les marchés qui ne se confinent ni à une ville, ni à une province, ni même à un pays. Ainsi, il m’apparaît essentiel de considérer, sous l’aspect « réseautage » que vous évoquez, la nécessité que ces connexions se fassent dans un premier temps sur l’ensemble du territoire québécois, voire nord-américain. Ce n’est qu’en asseyant nos éco-industries sur un socle « tricoté serré » que les missions commerciales à l’étranger pourront connaître le succès qu’elles méritent.

    Bref, merci. Et merci à Nicolas Vézeau qui m’a fait découvrir votre blogue et incité à le commenter.

    Cordialement,

    f.

    • Merci pour votre excellent commentaire! En effet, il n’y a pas que les gaz à effet de serre qu’il faut considérer. Les incitations fiscales sont aussi importantes.

      À propos de la fiscalité, le centre sur la productivité et la prospérité a publié une étude démontrant que les incitatifs fiscaux au Québec sont beaucoup moins efficaces qu’ailleurs. Il semble que l’approche actuelle pour subventionner la recherche doit être revue. J’en parle dans deux billets précédents:
      http://wp.me/p117mw-di
      http://wp.me/p117mw-en

  2. Afin d’évaluer la capacité des entreprises montréalaises à se positionner favorablement dans l’économie verte mondialisée, je propose une démarche en trois étapes dans laquelle je me pencherai sur: 1) le tissus industriel 2) notre « environnement » [sic] d’affaires, enfin 3) notre capacité à nous positionner favorablement dans le futur.

    Le tissus industriel :
    Selon le secrétaire général du Conseil mondial de l’énergie, « le Québec se situe dans le peloton de tête mondial dans le secteur des énergies renouvelables » (1). À l’échelle canadienne, le Québec est très largement aux devants de la course. Une récente étude sur l’industrie verte québécoise réalisée par Deloitte (1) indique plus précisément que le Québec a quatre sous-secteurs chefs de file à l’échelle mondiale : les matières résiduelles, l’hydro-électricité, la biomasse et l’efficacité énergétique. D’autres secteurs sont également identifiés comme ayant un fort potentiel de devenir des leaders mondiaux, par exemple, les transports verts (transports en commun, véhicules électriques) et les technologies de l’eau. Par rapport à ce dernier secteur, peu de gens savent que l’entreprise montréalaise Ovivo (fillière de GLV) a des installations sur cinq continents et enregistre un chiffre d’affaires annuel de plus de 450 millions de dollars. D’autres entreprises québécoises novatrices comme H2O Innovation, enregistrent des taux de croissance qui feraient rougir d’envie les dirigeants Chinois (43 % de croissance entre mai 2011 et 2012) (2).

    L’environnement d’affaires de l’industrie verte au Québec et à Montréal :
    Les multinationales québécoises du génie conseil sont des entreprises globalisées et implantées aux quatre coins de la planète. La plus grande firme du Canada, la montréalaise SNC-Lavallin, a pour sa part un chiffre d’affaires de plus de 6 milliards de dollars par année. Une partie non-négligeable des activités de nos géants du génie-conseil se fait dans l’industrie de l’environnement. Les entreprises de petites et moyennes tailles ont donc tout intérêt à tenter d’intégrer leurs chaînes de valeurs. Les associations sectorielles et les gouvernements pourraient investir de l’énergie à créer des événements de maillage entre nos multinationales et nos petites entreprises à potentiel mondial.

    Le régime juridique encadrant la protection de l’environnement est bien entendu le tendon d’Achille de l’industrie. Bien que les marchés internationaux constituent l’objectif ultime des entreprises technologiquement avancées, le marché local demeure le terrain de jeux où elles feront leurs classes. Or, selon Jean-François Girard, président du Centre québécois du droit de l’environnement, « Au Québec, comme au Canada, on recule malgré les apparences. On a l’impression que les gouvernements sont en train de créer une nouvelle culture qui ramène l’environnement en bas de la liste des priorités » (3). Au Québec, des avancées législatives ont été réalisées au cours des dernières années, c’est notamment le cas de Loi sur le développement durable (L.R.Q.118-2006). Cependant, comme l’expliquait le commissaire à l’environnement Jean Cinq-Mars (3), la Stratégie élaborée en vertu de ladite loi demeure trop vague pour que les ministères puissent la traduire en objectif précis et vérifiables. Qui plus est, l’eau n’est toujours pas tarifée en fonction de la consommation dans la plupart des villes, l’électricité se vend toujours à des prix bien en-deçà du marché régional, diminuant du coup l’attrait relatif pour l’adoption de meilleures pratiques en termes d’efficacité énergétique ou de production. La liste des innovations juridiques qui pourraient stimuler l’émergence de nouveaux leaders mondiaux est longue. Mais elle doit tout de même être dressée et traduite en feuille de route pour le législateur.

    L’accès à du capital-risque est un des déterminants de succès des entreprises à haute intensité technologique. Or, c’est à Montréal, à l’échelle canadienne, que la majorité des fonds sont gérés (4). Le Québec est également en tête des provinces pour ce qui est du nombre de compagnies financées par du capital-risque. On y trouve plus de 50 % du total des compagnies financées par du capital-risque (4). Des fonds de fonds (ex : Teralys) et des fonds (ex : Cycle capital, Fonds de solidarité FTQ, Desjardins capital-risque) sont particulièrement actifs dans le secteur de l’environnement. Ainsi, l’entrepreneuriat et la croissance peuvent être financés directement depuis le Québec. Un avantage non négligeable.

    Notre capacité à nous positionner dans le futur :

    Du point de vue de sa structure, notre industrie des technologies environnementales a des atouts majeurs (biomasse, efficacité énergétique, hydro-électricité, matières résiduelles, eau). Les associations sectorielles (ex : Réseau-Environnement, Écotech Québec), les fonds de capitaux de risque, les gouvernements et la communauté scientifiques sont actuellement à se coordonner afin d’axer le plus clair de leurs ressources et de leurs énergies [sic] vers ces créneaux porteurs. Nous ne pourrons pas exceller dans tous les secteurs. Il faut en privilégier certains, au détriment d’autres. Très exactement comme l’a fait l’Allemagne il y a une vingtaine d’année avec l’énergie solaire, ou le Danemark avec l’énergie éolienne. Nous sommes déjà avancés dans cet alignement, nous devons maintenir le cap.
    Il sera primordial que l’évolution du régime juridique de l’environnement soit harmonisée aux besoins de développement de notre industrie. Or, il m’apparaît improbable pour l’instant que cette calibration soit opérée par le gouvernement du Canada. Plus probable dans le cas du Québec.
    Comme le financement de la recherche universitaire au Québec est actuellement un sujet plutôt problématique; l’industrie devra se doter d’institutions de recherches novatrices afin de s’assurer d’une recherche de haut-niveau. À ce titre, des laboratoires de recherche mutualisés, des pépinières d’entreprises et autres institutions de transferts technologiques pourraient être mises en place dans les années à venir.

    Mais sommes toutes, l’industrie québécoise des technologies environnementales est en bonne position pour pérenniser sa croissance à moyen terme, et faire ruisseler son dynamisme aux autres secteurs de notre économie.

    Sources :

    (1) Samson, Bélaire, Deloitte, Touche pour le compte d’Écotech Québec (mars 2011) « Les technologies vertes au Québec,
    http://www.ecotechquebec.com/imports/pdf/EEtude-technologies-propres-_Ecotech-Queebec-sommaire-2012.pdf

    (2) H2O Innovation (14 mai 2012), Nouvelles, adresse [URL] http://www.h2oinnovation.com/AfficherEvenement.aspx?id=483&langue=en&unite=001, page consultée le 21 mai 2012.
    (3) Louis-Gilles Francoeur (12 mai 2012) « L’environnement au Québec : Un discours vert écorché », adresse [URL], http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/349971/environnement-au-quebec-un-discours-vert-decroche-de-la-realite
    (4) Services-Québec Entreprises, (2012) « Capital-risque », adresse [URL] http://www2.gouv.qc.ca/entreprises/portail/quebec/investir?lang=fr&x=investir&e=3557636144:544831822:2355463996:2520493830

  3. Merci beaucoup Nicolas pour ton excellent commentaire! En effet, il me semble que le gouvernement pourrait participer à l’essor de ces entreprises par l’adoption de lois, de règlements et de politiques favorisant l’émergence de ces industries. Le prix de l’électricité est définitivement un des éléments clefs d’une éventuelle politique.

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