Combinaison travail-études : conséquence imminente, mais inhérente à la hausse des droits de scolarité ou véritable empressement à garnir le CV?

Une recherche dévoilée récemment[1] par la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) montre que le taux d’emploi des étudiants, tant à titre d’emploi d’été qu’à titre d’emploi en cours de formation académique, n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années.  En effet, selon la récente étude effectuée par la FEUQ, le taux d’emploi des étudiants universitaires (20 à 24 ans) à temps plein est passé de 25% en 1978-1979 à près de 55% depuis le début des années 2000. Toujours selon les données recueillies, la FEUQ souligne qu’à l’automne 2009, les étudiants universitaires à temps plein travaillaient en moyenne environ 19 heures par semaine.  De ces étudiants conciliant travail et études, près de 42% travaillaient plus de 20 heures par semaine.

La désormais populaire combinaison travail-études est-elle une conséquence inhérente à la hausse des droits de scolarité ou une démonstration de la véritable volonté des universitaires à faire leur place progressivement sur le marché du travail?

Selon la FEUQ, « afin d’éviter l’endettement ou tout simplement pour poursuivre des études, bon nombre d’étudiants n’ont d’autres choix que de travailler[2] ».  L’étude qu’a menée la FEUQ confirme qu’il existe un lien important entre le nombre d’heures travaillées par les étudiants universitaires et les dépenses encourues par ces derniers, tant en termes de frais de subsistance qu’en termes de droits de scolarité.   L’annonce de mars dernier par le gouvernement libéral, d’une hausse des droits de scolarité de 1625 $ sur cinq ans (soit 325,00 $ par année dès l’automne 2012) encouragerait donc, selon la FEUQ, une plus grande tendance vers le marché du travail durant les études universitaires. Mentionnons que les frais que les étudiants universitaires devront assumer passeront de 2168 $ en 2011-2012, à 3793 $ en 2016-2017[3].

La FEUQ a le mérite d’avoir permis la publication de certaines données n’ayant jamais été chiffrées auparavant.  En effet, l’étude en question a permis la réalisation d’un portrait général du travail étudiant au Québec, des jeunes qui concilient travail et études, et des conséquences de cette combinaison potentiellement dangereuse.  Plusieurs éléments influencent la décision de travailler chez un étudiant universitaire, notamment le profil socioéconomique des parents et l’engagement face aux études.  Par contre, le facteur le plus important semblerait être celui des besoins financiers. Mentionnons cependant que la FEUQ associe directement « besoins financiers » et « hausse des frais de scolarité ».  Dans son document faisant état de ses résultats de recherche, la FEUQ reprend les données du MELS (2009) qui démontraient que 70 % des étudiants universitaires allouaient leurs revenus d’emploi, de façon générale, notamment pour payer la nourriture, le logement, sa subsistance, l’achat de matériel scolaire ou les frais de scolarité. Nous pouvons évidemment conclure, tout comme le fait la FEUQ, que le nombre d’heures travaillées peut, entre autres, être intimement relié au niveau de dépenses des étudiants.  Par contre, l’argumentation devient plus intéressante lorsque la FEUQ soutient que « nous pouvons donc penser qu’une hausse drastique des frais de scolarité inciterait alors plusieurs jeunes à augmenter l’intensité de leur emploi, et ce, aux dépens de leur réussite scolaire[4] ». Bien que valable, l’argument demeure faible et la FEUQ n’élabore pas davantage sur le sujet.

Je pense qu’il est difficile d’être en désaccord avec le fait que la hausse des droits de scolarité entraîne inévitablement une hausse des dépenses des étudiants.  Par contre, je pense qu’il faut se questionner sur le fait d’associer directement cette hausse des droits de scolarité à l’augmentation de l’intensité de leur emploi, et ce, aux dépens de leur succès académique.  En effet, et comme nous l’avons mentionné plus haut, les principales dépenses d’un étudiant universitaire ne sont pas constituées des seuls droits de scolarité.  La nourriture, le logement, la subsistance et l’achat de matériel font partie des dépenses qui doivent être prises en compte dans l’analyse du taux d’emploi chez les jeunes universitaires.

Je n’ai pas l’ambition ni la volonté d’analyser l’éventail des causes poussant les universitaires à travailler pendant leurs études.  Je n’ai pas non plus l’intention de repartir le débat sur la hausse des frais de scolarité.  Par contre, j’aimerais toutefois attirer l’attention sur la nécessité de prendre en compte la multiplicité des facteurs tendant à inciter les étudiants à risquer la combinaison travail-études.

Comme plusieurs l’ont déjà souligné, les expériences professionnelles acquises en cours de formation académique représentent effectivement un « couteau à double tranchant ».  Selon la FEUQ, la combinaison travail-études s’avère particulièrement hasardeuse étant donné que, d’une part, elle permet aux étudiants de répondre à certains de leurs besoins financiers, mais que d’autre part, elle a des conséquences sur le succès académique, la durée des études et les risques d’abandon en cours de parcours.

Tout ce raisonnement s’avère extrêmement logique. Par contre, l’analyse ne serait-elle pas biaisée du fait qu’elle accorde trop d’importance à l’éternel débat sur l’augmentation des frais de scolarité au détriment de questionnements tels la volonté de nos jeunes universitaires de se préparer de façon proactive et prévoyante au marché du travail, et ce, en allant chercher une expérience professionnelle et des contacts précieux leur permettant de se démarquer remarquablement dans la recherche subséquente d’un emploi?

Bien entendu, je demeure consciente que les étudiants universitaires détiennent des profils socioéconomiques qui peuvent s’avérer très différents et que certains individus seront plus affectés par la hausse des droits de scolarité que d’autres.  Toutefois, il m’apparaît tout de même pertinent d’encourager la société à se questionner sur la multiplicité des enjeux incitant les étudiants universitaires à risquer la combinaison travail-études.

Quand on fait référence à la « persévérance scolaire », c’est-à-dire notamment à la nécessité pour un étudiant persister dans ses efforts pour l’obtention d’un diplôme post-secondaire, oublions-nous de valoriser le type de persévérance scolaire dont fait preuve un jeune universitaire qui s’avère capable de « gérer » efficacement la combinaison travail-études?

Qu’en pensez-vous? Comment entrevoyez-vous le rapport travail-études? Comme une conséquence inévitable à la hausse des droits de scolarité? Comme une occasion de former activement la relève et de nourrir progressivement le dynamisme économique?


[1] FEUQ Janvier 2012.  Devoir combiner travail et université : Comment trop travailler met en péril la poursuite des études universitaires. [En ligne] http://www.feuq.qc.ca/IMG/pdf/casp_-_campeau_-_note_-_1112_-_travail_e_tudiant_-_fr.pdf

[2] FEUQ Janvier 2012.

[3] Radio-Canada.  La conciliation travail-études de plus en plus difficile selon la FEUQ. [En ligne] http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/01/18/003-emplois-etudiants-temps-plein.shtml

[4] FEUQ 2012.

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