L’architecture au Québec

Lorsque j’ai posé le pied sur le sol québécois pour la première fois, j’ai été frappé par l’état des infrastructures. Dans le taxi qui m’amenait au centre-ville de Montréal depuis l’aéroport, le spectacle qui s’offrait à moi me faisait écho au livre de l’écrivain Isaac Asimov « Cycle de Fondation » dans lequel il cite: “la chute d’un empire commence par l’abandon et le désintérêt pour la maintenance de ses infrastructures”.

Je vois le potentiel avec toute cette verdure et ces ruelles arborées de canope. Je transforme dans mon esprit chaque dalle de béton craquelée en potentiel de verdissement, chaque déchet en potentiel énergétique.

J’ai retrouvé un ami montréalais de longue date et nous avons eu cette vision du nouveau Montréal. D’un coup nous nous sommes mis à travailler sur cette vision. Nous échangions et élaborions des solutions pour développer l’image de cette ville. D’autres personnes pensent comme nous ou nous pensons comme eux. Nous nous posons les mêmes questions sur la raison d’un tel désintérêt envers ce métabolisme urbain qu’est Montréal, et plus généralement le Québec.

Dans Argument été 2011, Lise Bissonnette et les analystes Jean-Claude Marsan, Philippe Lupien François Dufaux, et Héléne Lefranc posent la question: “le Québec a-t-il mal à son architecture ?” Je serais tenté de dire oui au premier abord en voyant la couverture du livre. En total accord avec mes pensées du moment, j’ai acheté ce livre et j’ai dévoré chaque page en hochant la tête de haut en bas pour signifier mon adhésion aux propos des auteurs. Dans leurs analyses, les penseurs et architectes de ce livre abordent la question de la culture. Ils citent: “Il est rare que la culture inclue l’architecture et de manière plus générale, l’urbanisme, l’aménagement paysager, et tous les aspects matériels qu’une culture possède.” Une autre phrase m’a marqué et je partage cette idée de Jean-Claude Marsan: “Cet urbanisme et cette architecture étaient orientés vers l’avenir, à savoir aménager une ville et créer une architecture fonctionnelle pour les générations à venir en rompant avec le développement organique et les acquis des cultures locales.”

Depuis que je suis arrivé à Montréal, aucune de ces notions qui me sont chères ne paraît être appliquées. Elles ne sont d’ailleurs appliquées nulle part ailleurs et il est vrai  que beaucoup de choses sont à repenser pour arriver à cette optimisation de l’organisme vivant. C’est là que se trouvent les Grands travaux. Il faut que la ville asphaltée et dépendante au pétrole mute rapidement en cellule organique autosuffisante. Pour moi, un homme moderne comprend une cellule autant qu’une ville comprend un Humain, autant que l’herbe qu’il foule, parce qu’il a accès au savoir universel et aux retours d’expérience grâce aux livres et au Web. Il doit rester humble face à son environnement et façonner la ville à l’image, non pas de l’homme, mais bien à celle d’un écosystème.

Pour pouvoir appliquer de telles mesures, c’est-à-dire mettre en place un nouvel écosystème urbain,  il faut obtenir l’adhésion des individus. Cette adhésion est politique et populaire et c’est le système d’information qui doit l’accélérer. Il faut commencer par un symbole fort qui provoque un engouement populaire qui, non seulement est une preuve de l’existence, de la durabilité et de la performance des technologies, mais également de leur application possible en ville et à la campagne.

Pourtant dans cet endroit, on sent comme un air de changement. Déjà les maires sont motivés par le verdissement et les associations poussent comme des champignons. L’Éco-Quartier entreprend beaucoup d’actions ici, il prête même des outils pour faire des travaux urbains. L’aménagement des ruelles vertes sensibilise également la population à verdir les ruelles derrières les maisons. Que ces ruelles sont belles! Et que les gens sont beaux à cultiver la rue! J’ai croisé un vieil homme qui habillait les arbres à l’aide plantes grimpantes. Il m’a fait visiter son arrière-cour tapissée de végétal: j’étais impressionné par la vigne grimpante qui habillait la totalité de l’espace et ceci en partant juste d’un seul pied… magnifique! Juste deux degrés de moins ici, alors que dans la rue on brûlait dans un four d’asphalte et de béton. Les îlots de chaleurs sont parmi les gros problèmes de Montréal, ainsi que le stress hydrique. Le végétal est une solution durable pour résoudre ces deux problèmes.

Dans quelle mesure nos organisations doivent s’inspirer de la biologie pour être vivantes et viables? Si Montréal était un corps et votre entreprise une cellule quelle fonction auriezvous ? Et à quels types de tissus économiques appartiendriez-vous, pour bâtir ce corps?

Ces initiatives naissantes sont vectrices de bien-être, mais, sont-elles, selon vous, en opposition avec la finance ou peuvent elles au contraire s’inscrire dans un cycle de vie durable et devenir un indicateur aussi évocateur que les courbes économiques ?

Article écrit par Jean-Baptiste Reulet

Photo par Jean-Baptiste Reulet

Pilote de projet Créatif chez NU.WAY

Une réponse à “L’architecture au Québec

  1. Merci pour cet article!

    Voici quelques liens intéressants:
    La chaire en paysage et environnement de l’UdM: http://www.paysage.umontreal.ca/
    Le concours international pour changer l’architecture entre le centre-ville et l’aéroport: http://www.paysage.umontreal.ca/actualite/concours-international-didees-yul-mtl-paysages-en-mouvement

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